Le cygne

Dans la symbolique de l’alchimie, le cygne est l’emblème du mercure. On retrouve aussi ce noble oiseau dans les vieilles légendes et les textes celtiques, guidant la barque solaire. Au temps des pharaons de l’Egypte ancienne, on le représentait couvant 1’« œuf du monde » !  Le cygne, ce grand palmipède de la famille des anatidés, dont le nom vient de kuknos selon (en grec, « oiseau »), peut mesurer jusqu’à 2,50 m d’envergure et les espèces dépasser 20 kg !  A l’état sauvage, cet immense voilier fait du 80 km à l’heure.

En revanche, son corps volumineux, porté par des pattes palmées (à quatre doigts, dont les trois antérieurs reliés ensemble) placées très en arrière et de tarse assez court, lui donne une démarche plutôt lourde sur la terre ferme… mais, dans l’eau, quelle merveille de grâce majestueuse !  Au bout d’un long cou sinueux, sa tête possède un bec aussi long qu’elle, épais à la base et aplati à l’extrémité. Ce bec est recouvert d’une membrane souple où aboutissent des terminaisons nerveuses, ce qui lui donne une sensibilité tactile incomparable. La langue, charnue et spécialement frangée, lui permet de ne retenir — quand il fouille lac ou pièce d’eau – que ce qu’il aime déguster, à la manière d’un filtre ! La densité de son plumage est extraordinaire : on a pu compter 25 216 plumes sur un cygne chanteur… et précisons que la tête et le cou en avaient fourni 80 %.

Les deux sexes étant absolument semblables, seule l’attitude donne quelque indication. En principe, ces oiseaux habitent les régions froides et tempérées du globe et n’effectuent qu’une migration hivernale partielle pour fuir un climat trop rigoureux. Ceux des régions arctiques entreprennent, chaque année, une grande migration vers des cieux plus cléments.

Ce n’est pas qu’ils craignent le froid, mais ils risquent de mourir de faim, les eaux généreuses où ils trouvent habituellement leur nourriture étant couvertes de glace.

Le cygne est l’ornement le plus prestigieux des lacs et des étangs comme le paon est celui des pelouses. Les hommes l’ont compris en domestiquant cet oiseau depuis l’Antiquité. Zeus lui-même n’a pas dédaigné de prendre son apparence pour séduire l’épouse du roi de Sparte.

Au XIIe siècle, les Anglais ont rapporté plusieurs de ces anatidés dans leur pays. Ils y furent tellement admirés qu’on décréta qu’ils feraient désormais partie des biens de la Couronne ! Nul ne pouvait en posséder sans avoir un privilège royal. Au Moyen Age, malgré sa chair huileuse et peu tendre, on le « servit » dans les festins d’apparat… Fort heureusement, cela ne dura guère on s’avisa rapidement qu’il était mieux à sa place sur un miroir d’eau qu’il fût étang, lac, bassin, fossé désaffecté d’un ancien château fort !

Le caractère du cygne

Le cygne n’a pas très bon caractère. Il est facilement agressif, surtout au printemps, quand il s’agit de conquérir une femelle. Il se bat contre ses rivaux à coups de bec et d’ailes avec une fougue extraordinaire. Il règne en maître incontesté sur tous les autres oiseaux évoluant sur les eaux qu’il affectionne.  Quand il est de mauvaise humeur, il fait claquer dans l’air, frénétiquement, ses ailes  puissantes déployées et les canards joyeux cessent de s’ébrouer sans vergogne. On dit qu’il est prudent d’éloigner les enfants de cet animal batailleur…

L’aménagement du plan d’eau

Si vous possédez un plan d’eau suffisant, vous pourrez donc avoir un ou plusieurs couples de cygnes. Dans ce dernier cas, vous devrez prévoir des îlots, assez éloignés les uns des autres, comme refuges… et différentes huttes aménagées en bordure du lac ou de l’étang. Ces abris auront au moins 3 m sur 2 et 1,50 m de hauteur pour un couple. Le sol en pente sera cimenté afin d’être nettoyé à fond plus facilement. Vous y disposerez une litière en tourbe de 10 cm d’épaisseur environ sèche ou en paille fraîche que vous changerez chaque semaine.  Pour que vos cygnes soient tout à fait heureux, vous transformerez les berges de votre pièce d’eau en pelouse ou en prairie… Pourtant, si ces oiseaux puissants prennent leur vol en frappant l’onde de leurs palmes, s’ils goûtent à l’herbe verte et tendre, à avec délice la luzerne, au trèfle, à la navette, que vous avez semés à leur intention, la plupart du temps, comme tous les anatidés, ils passent leur vie sur l’étang, ou le lac, que vous leur avez destiné.

Aussi préférez la pièce d’eau naturelle au bassin cimenté où les plantes aquatiques ne pourraient se développer. Elle doit avoir au moins 30 à 40 m2 pour un couple. Rien ne vous empêche de la rendre agréable à l’œil, d’en faire un paysage digne de ceux qui glissent sur elle avec une aisance extraordinaire. N’enlevez pas les lentilles d’eau qui flottent à la surface et dont les cygnes — comme les canards – raffolent.

Ajoutez des nénuphars, s’il n’y en a pas, et, en bordure, des iris et des roseaux. A condition de ne pas être plus hauts que le niveau de l’élément humide, les rebords peuvent être, par endroits, pavés pour en faciliter l’accès aux palmipèdes. Vos cygnes se nourriront. en fouillant la terre, la vase, les profondeurs de l’eau et les plantes après avoir apprécié la verdure palustres.  Ils feront leur choix parmi les insectes les vers, les mollusques, les et leurs larves, limaces, les escargots et autres gastéropodes, les petits batraciens et les poissons minuscules. Vous y ajouterez une pâtée, facultative à la belle saison, indispensable pendant les froids. Elle sera formée de farine de maïs, de luzerne et de son, mouillée d’eau tiède et additionnée de salade fraîche hachée en égales proportions, le tout saupoudré de farine de poisson… ou d’une cuillerée d’huile de foie de morue.  Une écuelle pleine de coquilles d’huîtres pilées restera à leur disposition. Les cygnes aiment aussi le pain (pas trop frais !) et les graines (maïs concassé, blé, etc.).

C’est en automne que se forme le couple, après de longues caresses, joue contre joue, des balancements rythmiques du cou, des cris — sans doute passionnés –  et mille autres démonstrations qui imposent le respect. Les années ne peuvent altérer l’amour de cet oiseau monogame, de ce modèle de fidélité conjugale capable de vivre cent ans ! A nous de l’envier aimer ou être aimé un siècle durant avec la même force n’est guère à notre portée !

Chez le cygne sauvage comme chez le cygne tuberculé domestiqué le plus souvent, la femelle construit le nid avec les matériaux que lui apporte le mâle : joncs, branches, algues, roseaux. Elle le tapisse d’herbes, de feuilles et de duvet. Ce nid, elle l’édifie soit sur une petite île au centre du lac ou de l’étang, soit sur les berges, à l’abri d’un épais buisson ou dans sa hutte. Fin avril, elle y pond six ou sept œufs qu’elle couve seule, veillée par la tendresse inquiète de son compagnon, entourée par lui d’une sollicitude extrême. Il est prêt à foncer sur quiconque menacerait son trésor !

L’incubation dure environ cinq semaines, Quand la femelle se lève pour boire et manger, elle dispose, sur les épaisses coquilles verdâtres, quelques feuilles protectrices sur lesquelles le mâle s’accroupit avec les plus grandes précautions ! Enfin, naissent les petits, si délurés qu’ils vont à l’eau à la fin de ce même et glorieux jour !

Ils sont couverts d’un duvet gris-brun sur le dos et blanc en dessous. Il faut à peu près quatre mois pour que leur plumage se développe convenablement. Ils ne deviennent d’un blanc pur qu’au bout d’un an…  Quand ils sont fatigués, ils se font transporter sur le dos de leurs parents qui gonflent leurs ailes pour les abriter et surtout pour les empêcher de culbuter. Le couple est d’une rare tendresse pour les jeunes et, s’il y a lieu, se bat farouchement pour les défendre.

Comme on le voit par ces quelques détails, le cygne est un animal sensible et intelligent, plein de courage et capable de nobles sentiments.

 

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