Le chat : l’animal de compagnie favori des français

Les Américains ont estimé qu’il y avait chez eux entre vingt et cent-vingt millions de chats. Le « flottement » de cent millions s’explique par le fait qu’une partie seulement de la population féline est inscrite sous la rubrique « animaux familiers ». La population canine, au contraire, est faite exclusivement d’animaux domestiques, porteurs de médaille et souvent inscrits au Livre des origines, ce qui rend leur comptage plus aisé. En fait, personne ne sait au juste combien il y a de chats au monde, ni combien sont domestiques.

De tous les animaux familiers, le chat est certainement celui qui a le plus été en butte aux erreurs et à l’incompréhension. Comme espèce ou comme individu, il a été l’objet d’une foule de conceptions aberrantes, tant religieuses que profanes, et cela depuis des milliers d’années.

Un des plus anciens animaux domestiques

Le chat est parmi les plus anciens animaux domestiques, mais avec une nuance où se trouve peut-être un début d’explication à cette réputation. Des spécialistes dignes de foi ont déclaré que le chat n’était pas et n’avait jamais été un animal vraiment domestique, dans le sens où on l’entend d’animaux domptés, dressés et sélectionnés pour servir l’homme, ou pour lui fournir nourriture, profit ou protection.

Ces spécialistes des relations entre l’homme et l’animal disent que le chat n’est domestique que parce que, en taille et en nombre, il s’adapte à la civilisation de l’homme. La relation entre l’homme et le chat est un rapport d’intérêt mutuel, une libre convention, et non une domestication réelle comportant un maître et un sujet.

Cette thèse s’appuie sur l’évidence. Le chat a certainement servi l’homme en l’empêchant d’être envahi par les rongeurs. De plus, c’est un compagnon. Mais avez-vous déjà essayé de dresser un chat à rapporter une souris comme on dresse un retriever à rapporter un faisan ? Le chat attrape les rongeurs non pas parce que l’homme le lui a enseigné, mais parce qu’il aime ça de nature. Le chat joue avec son maître parce que le jeu fait partie de sa nature. Mais il jouera quand il en a envie, jamais sur commande, et pendant le temps que cela lui plaira.

Partenaire plutôt que domestique, le chat entretient avec l’homme une relation fort ancienne, marquée au sceau de l’honneur qu’il nous fait d’élire domicile chez nous. Il a souvent fait partie intégrante du culte religieux, et, en Égypte, au temps des pyramides et des pharaons, c’était un objet de vénération, favori particulier d’Isis, déesse de la Lune. Celui qui tuait un chat était puni de mort.

Le chat est sacré pour les musulmans et les hindous. Dans un ancien rite hindouiste, on nourrissait des chats au cours d’un grand dîner rituel. Les Romains tenaient le chat pour le symbole de la liberté. Libertas, déesse de la liberté, était représentée avec dans une main un sceptre brisé, dans l’autre une coupe, et un chat couché à ses pieds.

Il est significatif que le chat ait été, à cause de ses traits de caractère et de son comportement, aimé et détesté à la fois, considéré aussi bien comme un héros que comme un traître.

Son histoire

Tout au long de l’histoire, l’attitude de l’homme est terriblement ambiguë envers le chat, marquée d’amour-haine, et pouvant passer d’un sentiment à l’autre selon les temps et les lieux. Cela vient aussi de ce que l’homme n’a jamais pu circonvenir entièrement l’indépendance du chat pour en faire un vrai domestique. Les Égyptiens avaient fait de lui le favori d’Isis parce qu’il est une créature nocturne et parce que les contractions de sa pupille symbolisaient les diverses phases de la Lune. Comme Isis, le chat est un être de la nuit, distant, toujours juste hors de portée et jamais vraiment familier.

Pour la société qui inventa le calendrier, la Lune et sa divinité jouaient un rôle important dans la vie ; il en allait donc de même du chat.

Les Romains avaient choisi le chat comme symbole et compagnon de la déesse de la liberté pour son indépendance et son caractère entier. Passés maîtres dans l’art de l’intrigue et n’hésitant pas à se ménager des alliances à prix d’or, ils devaient regarder avec envie, et même respect, cet animal qui refusait de se laisser acheter. Héritiers de la fierté des Grecs, ils estimaient que seul le chat avait suffisamment d’indépendance pour symboliser Libertas.

Mais ces mêmes traits de caractère du chat, son indépendance et la distance qu’il prend en dépit de nos cajoleries, en ont fait, au cours des époques d’obscurantisme, le symbole de la fourberie et de la magie. Alors que les Égyptiens et les Romains révéraient ce qu’ils ne pouvaient atteindre, l’homme du Moyen Age se mit à haïr ce qu’il ne pouvait plier à sa volonté. Le chat devint le compagnon des sorcières, sinon la sorcière elle-même sous un déguisement. Pendant longtemps, il fut à la mode de tourmenter le chat, suppôt de tous les esprits du mal, symbole du surnaturel et de l’inhumain.

L’homme, toutefois, reste pragmatique et fort capable de museler ses tendances obscures pour des raisons pratiques ou matérielles. Les chats ont toujours joué un rôle utile au foyer celui de chasser les souris. Ce rôle a pris une importance historique, bien qu’ignorée, aux débuts de la colonisation américaine. Sans le chat, les premiers établissements auraient été bien précaires. Les colons, qui avaient, pour cultiver leurs terres, à lutter contre les durs hivers et contre les Peaux-Rouges étaient désarmés devant la nombreuse population de rongeurs du Nouveau Monde.  S’il était difficile de faire pousser quelque chose, il était presque impossible de stocker blé ou maïs. Il y avait les mulots, de toute espèce et de toute variété ; puis venaient les rats et les campagnols ; enfin des millions d’écureuils gourmands et pillards. A tous ces mangeurs de grain, il fallait ajouter les lapins, les marmottes, les rats musqués. Les colons envoyèrent des appels pressants pour qu’on importât des chats, et, bientôt, marchands et armateurs inscrivirent les chats sur leurs listes d’objets à vendre. Pour le fermier comme pour le colon, le chat devint aussi indispensable que la charrue ou la hache. Et les rongeurs reculèrent. Ce qui n’empêcha pas de voir renaître les vieilles superstitions quand la chasse aux sorcières se mit à sévir dans les colonies.

Aujourd’hui encore, il circule sur les chats toute sorte de sornettes, dont la première est qu’il n’est pas affectueux. Ce n’est pas vrai du tout. Son affection est différente de celle du chien, et, comme pour le vin grec, tout le monde n’y est pas sensible. On a dit que le maître d’un chien voyait son propre moi renforcé par la présence de l’animal, tandis que le chat dégonflerait ce moi ; c’est très vrai. En face de son chat, personne ne peut se sentir important. Les chats ont du dédain pour toutes les créatures, y compris l’homme. S’ils sont affectueux et démonstratifs, ils ne sont jamais esclaves. Ils aiment, mais à leur façon, non à la vôtre.

Les chatons sont tous d’adorables joueurs. Ils fourrent leur nez partout, reniflant, furetant, taquinant. Certains chats adultes, surtout dans certaines races, sont plus joueurs que d’autres, mais tous les chats, jeunes ou vieux, aiment jouer et folâtrer. Les chats souhaitent la bienvenue à leurs maîtres de diverses manières, mais ils sont généralement discrets et s’arrangent pour être tout à la fois royaux et démocratiques.

Si vous êtes en quête d’un amour enveloppant et sans discussion, le chat n’est pas pour vous, car c’est un être scrutateur, réservé et questionneur. Mais si vous appréciez la discrétion dans l’intimité, et si vous pensez que l’indépendance peut coïncider avec l’affection, le chat peut être alors le plus fascinant des compagnons.

 

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