Interview : Les chats m’aiment et moi, j’aime les chats

Amis des animaux : Comment en êtes-vous venu à écrire sur les chats ?

René-Pierre Audras  : Par accident ! J’étais un journaliste polyvalent, capable d’écrire sur n’importe quel sujet. Un de mes amis, qui dirigeait le site félin www.matoucity.fr, m’apprend qu’une exposition féline se déroule pas loin de chez moi, salle Wagram, et me demande : ‘Vous qui aimez les chats, faites-moi un reportage là-dessus.” J’y suis allé, et mon article a plu. A la suite de ce premier papier, un éditeur m’a commandé un livre, que j’ai intitulé Une Chatte comme les autres, ce qui est d’ailleurs un titre à double sens car il n’y a pas deux chats qui se ressemblent ! Puis Larousse, Bordas (entre autres) m’ont commandé d’autres ouvrages sur les chats. En tout, j’ai dû en écrire plus de dix.

Amis des animaux : Toute cette connaissance féline, comment l’avez-vous acquise ?

René-Pierre Audras : D’abord, par mes expériences personnelles. Ensuite, en fréquentant des hommes et des femmes qui, comme moi, aimaient les chats. Ceux-là m’ont appris beaucoup de choses. Car ils m’en ont parlé non pas savamment, mais avec leur cœur.

Amis des animaux : Quels sont vos rapports avec cet animal?

René-Pierre Audras : Les chats m’aiment, et moi j’aime les chats !

C’est très net : lorsque je vais quelque part, il s’en trouve toujours un pour venir vers moi, surtout s’il est réputé sauvage ! Je pense que le chat est un animal télépathe, qui vous comprend. Prenons l’exemple de Miquette, une chatte qui appartenait au fermier d’à côté, à la campagne. Lorsque nous arrivions avec mon fils, le soir, ce n’était jamais à la même heure. Malgré cela, elle nous attendait à l’entrée de la maison. Cela s’explique. Soit mon fils, soit moi, nous pensions: “Allons-nous trouver Miquette ?“ Et elle le sentait!

Amis des animaux: Quels sont vos chats préférés ?

René-Pierre Audras : Le chat de gouttière, le vrai. A part ça, j’aime le chartreux et le somali. Le somali parce qu’il est plein de grâce, le chartreux parce qu’il s’agit d’un chat français, qui est beau “d’une pièce”, avec son pelage remarquable et son caractère si attachant.

J’en ai eu un lorsque j’étais tout jeune, au Puy-en- Velay. Je l’avais baptisé Pouf. C’était vraiment “mon” chat Lorsque je sortais le soir, il restait avec mon père et ma mère. A un moment, il se levait et allait vers la porte : mes parents savaient alors que je n’étais pas loin. Quand, en 40, je suis parti à la guerre pour être affecté à 800 km de chez moi, mon chat ne quittait pas la porte d’entrée. Un jour on l’a laissée ouverte et il est parti, sûrement à ma recherche. On ne l’a jamais retrouvé.

Amis des animaux : A Paris, vous avez fait le choix de vivre sans chat. Pourquoi ?

René-Pierre Audras : J’aimerais bien en avoir un, mais il est hors de question de le laisser seul toute la journée. J’estime que cet animal doit jouir d’une certaine liberté. Alors je me contente des chats des voisins ! A la campagne, dans ma ferme du Morvan, j’ai toujours des chats qui viennent me voir, ils arrivent de droite, de gauche… Ils savent qu’ils ont un copain.

Amis des animaux : Dans les années 80, vous avez fondé Nos Chats, la première revue française uniquement consacrée au petit félin. Comment aviez-vous constitué votre équipe ?

René-Pierre Audras : Pierre-Jean Jessueld était à la fois notre photographe et notre metteur en pages, Martine Casteran rédigeait plusieurs articles, et deux jeunes vétérinaires s’occupaient des rubriques scientifiques. On retrouvait aussi de nombreuses signatures – René-Pierre Audras, Roger Monnerie, André Clerg, Bruno Valois, Claude Sardeau… c’étaient tous les mêmes : c’était moi ! (rires). Je décidais moi-même du sommaire et, sur dix articles, j’en écrivais sept !

Amis des animaux : En signant de tous ces pseudonymes, ne risquiez-vous pas le dédoublement de personnalité ?

René-Pierre Audras : Non, mais cela m’a valu une histoire assez amusante : la société Hachette voulait que je prenne en main une publication sur les chats. J’avais accepté, commencé à élaborer un plan de travail et rédigé quelques articles, que je leur ai envoyés. Quelque temps plus tard, je suis convoqué. Je tombe sur un type qui me dit, furieux : “Ça n’est pas supportable, vous ne faites que plagier les auteurs de Nos Chats !“ J’ai répondu : “Figurez-vous que Roger Monnerie c’est moi Bruno Valois c’est moi André Clerg c’est moi… Je me plagie donc moi-même !“ Et je suis parti en lui disant: “Gardez votre revue, monsieur moi je m’en vais !“

Amis des animaux : L’aventure de Nos Chats vous a-t-elle laissé un bon souvenir ?

René-Pierre Audras : Oui, un souvenir extraordinaire. Hélas, j’ai dû y mettre un terme. La revue ne se vendait que sur abonnement J’avais fait un essai en kiosque et les résultats paraissaient encourageants, mais une autre revue féline s’est alors annoncée sur le marché. Or. à cette époque, il n’y avait pas de place pour deux.

Amis des animaux : Quel regard portez-vous sur le monde félin?

René-Pierre Audras : L’une des premières fois où j’ai visité une exposition féline, j’ai surpris une conversation entre deux dames dont l’une disait à l’autre : “Il faudra que je vous amène ma fille, parce que, comme ça votre fils pourra la monter”… Elles parlaient de leurs chats ! Je me suis aperçu ce jour-là qu’il existe des mémères-à-chats comme il existe des mémères-à- chiens. Personnellement, je n’ai jamais donné dans ce travers. Je partage l’avis de mon père : il faut aimer les animaux tout en les laissant à leur place.

Amis des animaux : Avez-vous gardé des contacts avec ce milieu ?

René-Pierre Audras : Oh là là, surtout pas!

Amis des animaux : Vous tenez-vous néanmoins au courant de l’actualité féline ?

René-Pierre Audras : Je reçois Atout Chat, que je feuillette. J’avoue être un peu dépassé : aujourd’hui dès qu’un chat a deux poils de différence avec un autre, on en profite pour créer une nouvelle race.

C’est devenu invraisemblable !

Amis des animaux : A 85 ans, vous paraissez dans une forme éblouissante. Quel est votre secret?

René-Pierre Audras : Je vais vous expliquer mon truc, c’est très simple : voici une quinzaine d’années. Je me suis mis devant ma glace et je me suis intimé l’ordre suivant : “A partir de maintenant tu ne vieillis plus”… Et ça marche !